La-nature-de-l'ombre-2

La nature, les végétaux, leurs luxuriances, leurs formes incroyables, complexes et raffinées, leurs parfums, leur durée de vie si brève m'ont toujours fascinée au-delà de la simple joliesse de leur apparence. Toute cette vie végétale a une force qui m'a toujours retenue et arrêtée, créant en moi toutes sortes d'émotions qui vont de l'émerveillement à l'effroi, de la vie au flétrissement, puis à la mort. 

Ainsi, les jardins, les forêts, les champs… ont été les premières galeries d'art dans lesquelles j'ai pénétré, et vécu intensément. Tout y était foisonnement, transformation, étonnement, et aussi enseignement.

Et même, si l'utilisation du végétal dans l'art a été extrêmement utilisée et remonte à la nuit des temps  : des enluminures du moyen âge jusqu'au land art, je n'en suis pas lasse. J'attends toujours d'en voir plus, encore et encore, comme si le foisonnement de la nature ne pouvait qu'engendrer une création perpétuelle. J'ai toujours su qu'à un moment, j'essaierai de me glisser dans ce processus de création infini qu'est la nature afin de découvrir de quelle manière, il rejaillit en moi.

J'ai commencé à prendre des photos avec mon smartphone, mon iPad. Des photos de feuilles, d'herbes, de branches, de brindilles, de pétales… puis, étant graphiste et familière de Photoshop et d'Illustrator, j'ai commencé à jouer avec ces images, en les brouillant, en les effaçant par endroits, en les coloriant à d'autres endroits, en utilisant des filtres… jusqu'à ce que la photographie disparaisse pour donner naissance à une sorte de peinture numérique qui oscille entre abstraction et figuration. 

Dans ce processus de fabrication, il y a la volonté d'altérer la photographie comme pourrait le faire le vent, la pluie, le soleil, le froid… sur les végétaux. Le numérique me servant à intégrer des processus naturels qui soulignent le transitoire, le fragile, l'éphémère, mais aussi, la beauté extrême de cette nature une fois qu'elle a été traversée, changée et modifiée par tous ces processus naturels.

Toutes ces transformations numériques de l'image expriment exactement ma vision de la nature, une fois que je me retire de la réalité, n'emportant en moi que l'essence de ce qui va m'être utile à créer, à recomposer une nature plus mystérieuse, plus proche de celui des mythes et des contes de fées.

Une nature recomposée, réenchantée d'où émergent des formes, des traces, des ombres… qui nous semblent factices et familières à la fois.

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